Le paysage télévisuel national se libéralise. Ce qui est très positif pour la diversité de l’information. Une libéralisation néanmoins contrastée, dans un secteur en proie à l’anarchie, par une distribution sélective des fréquences de télévision et un manque de réglementation. Notre démocratie méritait mieux.
Fini le temps où la Rts détenait le monopole du paysage télévisuel sénégalais. Les téléspectateurs peuvent désormais zapper à leur guise.
Depuis la libéralisation des ondes, les promoteurs privés lorgnent sur la télévision.
Au moment où certains, las d’attendre une autorisation et l’attribution d’une fréquence, investissent l’univers des satellites pour pouvoir émettre, de nouvelles chaînes apparaissent dans la petite lucarne.
On s’y perdrait ! Comment le secteur est il réglementé ? Comment les fréquences de télévision sont elles attribuées ? Selon quels critères ?
Autant de questions que l’on est en droit de se poser dans un secteur où la transparence est ce qui manque le plus.
"La Sentinelle" a mené l’enquête.
Le paysage télévisuel national se libéralise. Ce qui est très positif pour la diversité de l’information. Une libéralisation néanmoins contrastée, dans un secteur en proie à l’anarchie, par une distribution sélective des fréquences de télévision et un manque de réglementation. Notre démocratie méritait mieux.
Fini le temps où la Rts détenait le monopole du paysage télévisuel sénégalais. Les téléspectateurs peuvent désormais zapper à leur guise.
Depuis la libéralisation des ondes, les promoteurs privés lorgnent sur la télévision.
Au moment où certains, las d’attendre une autorisation et l’attribution d’une fréquence, investissent l’univers des satellites pour pouvoir émettre, de nouvelles chaînes apparaissent dans la petite lucarne.
On s’y perdrait ! Comment le secteur est il réglementé ? Comment les fréquences de télévision sont elles attribuées ? Selon quels critères ?
Autant de questions que l’on est en droit de se poser dans un secteur où la transparence est ce qui manque le plus.
"La Sentinelle a mené l’enquête".
« Les processus d’attribution des fréquences de tv sont réglementés, définis par un seul homme qui se trouve être le Président de la République et qui n’a aucune compétence technique pour le faire".
Pour le journaliste Abdou Latif Coulibaly, plusieurs facteurs permettent d’expliquer l’anarchie du secteur télévisuel sénégalais. D’abord, il n’a jamais été défini de manière claire un cahier des charges, à partir duquel les demandes de fréquence de télévision doivent être formulées à l’autorité. Ce que prévoit pourtant la loi n° 2000-07 : "les droits de diffusion et de distribution, appartenant exclusivement à l’Etat, peuvent faire l’objet d’une concession totale ou partielle à un ou plusieurs concessionnaires de droit public ou privé, par voie de conventions et cahiers des charges précisant les obligations réciproques du concessionnaire et de l’Etat".
Pire encore, déplore Abdou Latif Coulibaly : "les processus d’attribution des fréquences de télévision sont réglementés, définis par un seul homme qui se trouve être le Président de la République, qui n’a aucune compétence technique pour le faire et qui ne part que de considérations qui lui sont propres, pour déterminer qui est en droit d’avoir une fréquence et qui ne l’est pas. Cela ne peut pas se faire en fonction de la tête du demandeur".
Le processus d’attribution des fréquences devrait plutôt se faire "en fonction de la pertinence du projet qui est derrière la demande, en quoi ce projet est il capable de promouvoir le développement de l’audiovisuel et de l’information télévisuelle chez nous. Avec un contrôle rigoureux sur le contenu, sur les moyens techniques, sur l’occupation de l’espace". Mais malheureusement, confie t-il, "aujourd’hui, rien de tout cela n’est fait".
Une attribution sélective des fréquences de télévision
Ce que l’on observe dans le processus d’attribution des fréquences, c’est que, si ce n’est pas du favoritisme, cela y ressemble fortement. Le directeur de l’institut des sciences de l’information et de la communication (Issic) déplore les procédures par lesquelles les télévisions sont octroyées au Sénégal : "Je n’aurai pas été gêné outre mesure s’il y avait une concurrence libre et loyale entre tous les promoteurs, et qu’on dise à Sud : votre projet n’est pas bon. Je l’aurai accepté. Mais, on n’a même pas donné leur chance aux autres (Sud, Génération TV…)", a-t-il martelé, avant d’ajouter : "s’il y avait des critères à partir desquels on dit : voilà pourquoi Walf a une fréquence, voilà pourquoi Ben Bass a une fréquence, voilà pourquoi Sud n’a pas de fréquence. On est en régime démocratique, tout le monde aurait été satisfait. Aujourd’hui, on ne sait pas. Les procédures par lesquelles les sélections sont faites. C’est gênant pour un Etat de liberté et de démocratie".
Il se pose également la question de la qualité des programmes proposés aux Sénégalais : "Si les gens considèrent que ce qui se fait aujourd’hui en matière de télé est satisfaisant, tant mieux. Pour ma part, j’ai des critiques à formuler à l’égard de ce qui se fait aujourd’hui. J’ai le sentiment que la télévision est beaucoup plus un outil commercial qu’un outil de développement et de promotion du Sénégal. Un outil servant exclusivement les intérêts des promoteurs".
Pour Abdou Latif Coulibaly, une télévision est : "un concept bien défini qui doit contribuer à l’éveil des consciences, au développent de la citoyenneté et à l’implication du citoyen dans la conduite du projet démocratique. Ce n’est pas ce que nous avons au Sénégal. La télévision chez nous se résume aux feuilletons sud-américains, à la danse, au spectacle et au plateau. On ne peut pas passer tout notre temps à s’amuser. La télévision doit être un moyen de distraction, un moyen d’information et un moyen d’éducation. Une télévision est différente d’une boite à images", fulmine t-il.
Le président Wade : "La télévision est une affaire trop sérieuse pour être laissée à n’importe qui"
Pour rappel, en janvier 2001, dès les premiers pas de l’Alternance, le ministère de la Communication et des Technologies de l’information avait lancé un appel d’offre pour la création de chaînes de télévisions privées. Seul le groupe Walf y avait répondu. Curieusement, le processus fut brusquement interrompu, sans autre forme de procès.
A l’occasion du quatrième anniversaire de l’alternance, le président Abdoulaye Wade avait réitéré son opposition de fait à la libéralisation de l’audiovisuel en mettant en avant "l’inexpertise" des Sénégalais porteurs de projets de télévision. Il avait déclaré : "la télévision est une affaire trop sérieuse pour être laissée à n’importe qui", pour justifier l’interruption du processus de libéralisation de la télévision enclenché avant même l’alternance survenue le 19 mars 2000.
Qu’à cela ne tienne ! Les promoteurs privés font alors dans la ruse pour contourner le refus affiché du chef de l’Etat. Le groupe Walf, las d’attendre l’autorisation et l’attribution d’une fréquence hertzienne, s’était tourné vers la société France Télécom avec qui il a signé un contrat qui lui permet de diffuser par le canal du satellite.
Et puis coup de théâtre, il y a quelques semaines. A l’issue d’une audience avec le président de la République, Sidy Lamine Niasse a annoncé que la télévision de son groupe de presse, Walf Fadjri, serait bientôt disponible sur la fréquence hertzienne au Sénégal.
Rachat de la fréquence de Canal Horizon "Il fallait y penser", selon le Dg de Canal Info
La chaîne "Canal Info" a opéré autrement pour se faire une place dans le monde étriqué du petit écran. "L’Etat du Sénégal ne nous a pas donné une nouvelle autorisation. C’est une fréquence qui existait et qui était occupée par Canal Horizon Sénégal. Nous n’avons fait que racheter l’activité de diffusion hertzienne de canal", a déclaré Mamadou Aidara, Directeur général de Canal Info. Non sans ajouter : "Certains diront que c’est une manière de… " (Ndlr. Il entend par là que c’est une manière de contourner les voies légales). Non. Il fallait simplement y penser. Nous avons par la suite demandé l’autorisation au gouvernement du Sénégal de nous permettre de reprendre la fréquence précédemment utilisée par Canal Horizon". Ce que l’Etat a accepté pour Canal en 1991, de l’avis de M. Aidara. "Il aurait du mal à le refuser pour de jeunes sénégalais en 2006. Après tout ce qui s’est dit derrière, c’est de la masturbation intellectuelle".
Une réglementation qui fait défaut
"Actuellement il n’y a rien, c’est le désert. Le secteur audiovisuel n’est pas réglementé". Ainsi, pour Mamadou Baal, Directeur général de la Rts, "avant même de créer des chaînes de télévision, il fallait réglementer le système audiovisuel. Il faut qu’il y ait des garde fous. Une réglementation comme partout dans le monde. Malheureusement, il y a jusqu’à présent une omission. Nous sommes en train de mettre la charrue avant les bœufs. Il faut légiférer". M. Baal de poursuivre : "Nous avons les yeux ouverts et nous fonçons droit vers le mur. Si on ne réglemente pas maintenant, on le fera tôt ou tard. Autant le faire avant qu’il ne soit trop tard. Avant de dire à tout le monde on arrête tout et on reprend à zéro. Ce n’est pas possible. Vous ne pouvez pas dire à quelqu’un qui a investi beaucoup de millions dans un projet, on arrête. Mais quand il sera là, sans réglementation, qu’il aura fini de faire des dégâts, alors on n’aura que nos yeux pour pleurer. C’est malheureux. Il doit exister au Sénégal un organisme comme le CSA (conseil supérieur de l’audiovisuel en France)".
Partout, à travers le monde, le secteur audiovisuel est réglementé. A titre d’exemple, le système audiovisuel Français a été remodelé 26 fois, entre 1974 et 2006. Le Sénégal semble vouloir déroger à la règle et fait office de dernier de la classe, laissant le secteur audiovisuel en proie à l’anarchie la plus totale. Celui qui prétend être le premier de la classe en matière de démocratie est le dernier en matière de démocratie audiovisuelle.
Que cesse le bradage des fréquences audiovisuelles !
Le Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication du Sénégal (Synpics) s’insurge contre l’anarchie dans le secteur de l’audiovisuel.
Le Bureau Exécutif National du Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication du Sénégal (Synpics), au lendemain d’une réunion tenue le mercredi 20 juin 2007, avait exprimé aux autorités sa vive préoccupation et s’était ému de l’attribution "scandaleuse et non transparente des autorisations de fréquences audiovisuelles", ainsi que de l’état général de l’exercice de la liberté d’expression au Sénégal.
Pour que cette nébuleuse dans l’octroi des fréquences cesse, le Synpics avait alors formulé entre autres : "Une attribution dans la transparence des fréquences de télévision ; une élaboration et publication d’un cahier des charges comprenant des clauses sociales et une obligation de respect de la Convention Collective ; et enfin, une organisation du secteur de l’audiovisuel au Sénégal".
A la lumière du procédé cavalier de "mise aux normes" (…), le BEN du Synpics a invité le ministère de l’Information et l’Agence pour la Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) à garantir une gestion transparente, saine et sereine de ces fréquences qui, au-delà des personnes physiques ou morales, demeurent un patrimoine du peuple sénégalais.
Sur "l’enjeu majeur pour le développement des média et l’exercice normal de la liberté d’expression au Sénégal", le BEN du Synpics a également invité les autorités à la protection de ces biens communs pour que cessent le bradage et la gestion opaque.
Ce qui se fait ailleurs …
Le Bénin fait partie des premiers pays du monde en matière de liberté d’expression. On compte déjà six chaînes de télévision dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest : Ortb, Canal 3, Golfe TV, LC2, LC2 internationale, TV Carrefour, Ado TV (en construction). Parmi ces chaînes, seule l’Ortb est la propriété de l’État. Dans cette effervescence médiatique, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) joue un rôle déterminant, s’appuyant sur le triptyque concurrence, pluralisme et régulation. Comparé au Sénégal, le Bénin est sans conteste en avance.
Au Cameroun, la diffusion radio-télévision est restée le monopole de l’entreprise publique nationale, la "Cameroun Radio Télévision" (CRTV). Depuis l’ouverture à la concurrence de la production et de la diffusion de radio et de télévision, on est en présence de plusieurs opérateurs privés. Des télévisions privées commencent à voir le jour à Douala et à Yaoundé. Aujourd’hui, ce pays, quoique en retard comparé au Sénégal, est doté d’une loi sur l’audiovisuel, un décret d’application qui permet, à coté d’un service public fortement financé par l’Etat, à raison de 22 milliard de Fcfa par an, d’avoir un secteur privé avec des chaînes de télévision comme Stv et Canal 2 International.
En Afrique du Sud, South African Broadcasting Corporation (SABC), contrôle une vingtaine de radios et 3 chaînes de télévision (SABC 1, 2 et 3). C’est la télévision publique, porte-parole du gouvernement, essentiellement anglophone, même si, depuis peu, les autres langues officielles apparaissent. Electronic Media Network (M-NET) est une chaîne privée et payante sur le modèle de la chaîne française Canal +. E TV est la deuxième chaîne commerciale, lancée en 1998. Deux chaînes régionales (SABC 4 et SABC 5) devraient émettre dès 2008.
Independent Communications Authority of South Africa (ICASA), fusion de la SATRA et de l’IBA, est l’autorité de régulation de l’audiovisuel en Afrique du Sud, depuis juin 2000. Le Broadcasting Act, 1999 fixe les conditions d’émission des chaînes TV et radio.