Les structures sanitaires du Sénégal sont malades. Les travailleurs de la santé sont plus que jamais décidés à se faire entendre. Depuis le jeudi 29 novembre dernier, ils sont passés à la vitesse supérieure dans leur lutte pour de meilleures conditions d’existence. Depuis cette date et cela tous les jeudis, les agents des hôpitaux sénégalais observeront un sit-in sur leur lieu de travail de dix à treize heures. Pendant ces trois heures seulement le service minimum sera assuré.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le personnel civil de l’Hôpital Principal de Dakar suit aussi le mouvement. Leur mouvement est doublement inquiétant étant donné que c’est l’hôpital qui supporte entièrement ou presque leur salaire. C’est un peu comme si un hôpital privé suivait ce mouvement de grève. L’Hôpital Principal est certes un hôpital de service public mais à statut particulier. La structure fonctionne en grande partie sur fonds propres et est placée sous la tutelle des Forces Armées. Et paradoxalement l’Hôpital Principal passe pour être l’une des structures de santé publique les plus stables du Sénégal.
A cette occasion, Assane Mbengue, Secrétaire général de la section Sutsas de l’Hôpital Principal et qui y travaille depuis dix ans déjà, a évoqué des irrégularités dans la gestion interne de l’hôpital. On peut déduire de son discours que, derrière la beauté du cadre, se cache une autre face de l’Hôpital Principal.
« Les dirigeants militaires confondent l’hôpital à un camp militaire »
Ce qu’il y a à savoir, c’est que, sur le plan financier comme sur la gestion du personnel, l’hôpital traverse un moment de crise. Et ça, les dirigeants ne veulent pas le reconnaître. Par exemple, actuellement il y a des ruptures fréquentes de médicaments, ce qui était très rare par le passé.
Dans la maison, on a l’impression de vivre une dictature. Les dirigeants militaires ont tendance à confondre l’hôpital à un camp militaire. Mais le drame c’est qu’ils le font mal. On ne peut pas être rigoureux envers certains et être complaisants avec d’autres. On fait la promotion de qui on veut, on crée même des postes fictifs pour récompenser les agents soumis pendant que d’autres sont là sans rien, tout simplement parce qu’ils refusent de collaborer.
Moi je suis syndicaliste et quand ça ne va pas je dois prendre mes responsabilités. S’ils ne sont pas d’accord, qu’ils me prouvent le contraire de ce que je dis. Ils sont libres de faire des commentaires mais ils savent que je dis la vérité ! Je vous assure que le gros du travail à l’Hôpital Principal de Dakar est fait par le personnel civil et malheureusement il est mal payé. Les Chefs de services, qui sont à quelques exceptions près des militaires, ne sont pas fréquents dans l’hôpital, ils préfèrent aller servir dans les cliniques alors qu’aucun civil n’a même pas droit au retard.
« Les consultations libérales se font maintenant à tort et travers à l’Hôpital Principal de Dakar »
Les gens tuent cet hôpital, ils y viennent seulement pour se remplir les poches et repartir. L’ancien Directeur de l’hôpital a instauré un système de consultations privées. Cela permet aux Chefs de Services de faire en dehors du quota de consultations prévues, des consultations personnelles pour leur propre compte. Cela permet certes d’éviter de longs rendez-vous aux patients qui ont les moyens de se payer ces examens plus chers que d’ordinaire. C’est une très bonne chose, nous n’avons rien contre. Mais ce n’est plus tout à fait ce qui est prévu par les textes qui se passe actuellement. Au départ ces consultations se faisaient seulement les samedis, mais maintenant, les Chefs de Services les font tous les jours au vu et au su de tout le monde. Les consultations ordinaires ne se font même plus comme il se doit. Vous imaginez combien ce système peut faire perdre à la maison ?
« Si on retire la gestion de l’Hôpital aux Français, la structure sera enterrée »
L’Hôpital depuis sa création a toujours été géré par des militaires français. C’était à l’origine un hôpital français. Mais maintenant, l’Etat a engagé un processus de reprise de la structure. Avant c’étaient des militaires français qui étaient Chefs services. Cette tendance est en train de disparaître et cela est très grave pour l’avenir de l’Hôpital Principal. Maintenant il n’y a que douze Français dont le Directeur de l’hôpital. Le jour où les Français vont entièrement se retirer, l’Hôpital Principal ne sera pas à genoux comme Le Dantec, il sera enterré. Les gens ruinent l’hôpital au lieu de le servir.
Faites le tour et vous verrez que les jardins sont biens entretenus et ont croit que tout est rose dans la maison. C’est une fausse apparence. Si aujourd’hui moi j’avais à choisir dans cet hôpital, je préfèrerai être une fleur parce que je sais que je serai très bien entretenu.