Les plus condescendants en parlaient comme d’une énième lubie, les plus sceptiques comme d’une arlésienne, voire une farce de mauvais goût orchestrée par de « mauvais perdants » qui avaient mal digéré leur sévère défaite à la présidentielle. Cependant, force est de constater que les « Assises nationales », qui ont démarré le 1er juin, sont devenues la nouvelle hantise du pouvoir libéral. Pour la première fois, Wade ne donnera pas le la, mais devra subir un forum dont on peut prévoir que les conclusions ne seront pas favorables à son régime. Mieux, la sortie retentissante du représentant du Fmi est venue apporter de l’eau au moulin des organisateurs des « Assises ».
Après avoir été tourné en bourrique pendant tout un septennat par un Wade passé « Maître » de dribbler ses adversaires, l’opposition radicale regroupée au sein du « Front Siggil Sénégal » tient donc là une occasion unique de lui imposer un nouveau rapport de force aux allures de « troisième tour ». Le coup de génie du Fss aura été de fédérer au tour de sa trouvaille des « Assises nationales » des franges importantes de la société civile, du patronat et des syndicats, et d’avoir installé un comité de pilotage dirigé par d’éminentes personnalités comme Ahmadou Makhtar Mbow. Empêtré dans la spirale inflationniste, en butte à la cherté de la vie, au bord de la banqueroute et miné par de féroces luttes internes, le régime libéral traverse assurément une mauvaise passe. Le branle-bas de combat noté dans le camp présidentiel depuis quelques jours trahit une certaine nervosité de la part du pouvoir qui voit dans ces « Assises » une menace sérieuse pour le leadership du Président Wade. Ayant manifesté son refus catégorique de participer à ce grand forum, Wade opte donc pour la radicalisation de son régime et s’enferme dans une logique jusqu’au-boutiste. Les différentes sorties de responsables libéraux de haut rang montrent si besoin en était que le Pds reste encore marqué par la culture de la confrontation. Tour à tour, Mamadou lamine Keita, Soulyemane Ndéné Ndiaye, Habib Sy, Doudou Wade, Babacar Gaye et Farba Senhor, adoptant une sémantique inutilement polémique, ont multiplié les déclarations guerrières contre ce que les libéraux qualifient de « complot contre la démocratie » (sic). Si autant de proches de Wade ont été obligés en si peu de temps, de faire autant de sorties incendiaires, c’est la preuve par mille que les « Assises » flanquent une frousse bleue aux libéraux. Le chef de l’Etat sénégalais, celui-là même qui, à son accession à la magistrature suprême, donnait une sorte de cours magistral à ses pairs sur les dangers de « l’exercice solitaire du pouvoir », doit se sentir quelque peu gêné aux entournures pour que sept ans après une alternance saluée à travers le monde entier, son pays en soit réduit à organiser une sorte de « Ndeup » national pour exorciser les démons qui le guettent.