(GOMA) - De violents combats se poursuivaient jeudi entre l’armée de la République démocratique du Congo (RDC) et des soldats insurgés ralliés au général déchu Laurent Nkunda dans les collines surplombant Sake, au Nord-Kivu (est), entraînant la fuite des habitants.
"Les FARDC (Forces armées de RDC) ont utilisé un hélicoptère d’attaque dans les collines autour de Kimoka (5 km au nord de Sake). Nous avons aussi eu des rapports sur des combats dans la zone de Karuba (8 km au sud-ouest de Sake)", a déclaré à l’AFP le major indien Vivek Goyal, porte-parole militaire de la Mission de l’ONU en RDC (Monuc) au Nord-Kivu.
Mercredi soir, un hélicoptère de combat des FARDC avait déjà bombardé des positions insurgées dans les collines, sans parvenir à déloger les hommes de Nkunda.
La population de Sake, dont des milliers d’habitants ont fui ces derniers jours, continuaient à prendre la route de Goma, la capitale provinciale située à une trentaine de km.
Joint par téléphone, le "général" Bwambale Kakolele, un proche de Nkunda, a affirmé à l’AFP que ses troupes étaient "dans Sake".
Des habitants ont déclaré à l’AFP que la ville était toujours aux mains des loyalistes à la mi-journée mais que la panique s’amplifiait du fait d’un mouvement de retrait de militaires des FARDC de la 15e brigade vers Goma.
"Nous sommes contraints de quitter Sake parce que les militaires viennent de nous informer que les affrontements se poursuivent et peuvent arriver dans la ville", a déclaré à l’AFP David Baliki, infirmier à l’hôpital de Sake.
Sur la route reliant Sake à Goma, une journaliste de l’AFP a vu des centaines de déplacés converger vers Mugunga, localité équidistante des deux villes où se sont déjà réfugiées des centaines de familles depuis dimanche.
A Mugunga, un village de huttes de fortune faites de branchages et de feuilles de bananier est sorti de terre en moins de quatre jours.
Des heurts ont éclaté entre déplacés se disputant des branches d’arbre pour bâtir un abri, faisant deux blessés évacués par des militaires inquiets vers le centre médical de la localité.
La tension montait dans la journée, à mesure que le nouveau flot de civils arrivait dans ce camp improvisé où plus de 5.000 personnes étaient déjà recensées jeudi matin, selon Jean-Pierre Shomgo, responsable de la sécurité dans le camp.
Matelas sur la tête, enfants accrochés dans le dos, des femmes épuisées cherchaient un peu d’eau et un endroit pour se reposer, après des heures de marche. Tous les nouveaux arrivants se plaignaient de manquer de nourriture, d’eau et de médicaments pour leurs enfants.
Dans la journée, l’ONG Solidarités devait apporter des bâches pour monter de grandes tentes dont les piquets ont été posés la veille derrière l’école du village.
Dans la matinée à Goma, le général Vainqueur Mayala, commandant des FARDC au Nord-Kivu, a accusé les hommes de Nkunda d’avoir "imposé la guerre", au cours d’un bref point presse.
"Les brigades qui sont ici au Nord-Kivu (6e brigade dans le Rutshuru et 15e dans le Masisi) doivent prendre la relève des unités non brassées (pas encore passées par le processus national de réforme de l’armée, dit de brassage). Elle n’avaient pas pour objectif d’attaquer", a-t-il affirmé.
Il a une nouvelle fois appelé les troupes de Nkunda à se rendre dans des camps de brassage, pour que cessent les combats.
Le général Mayala a catégoriquement rejeté les accusations de complicité des FARDC avec les rebelles hutus rwandais des FDLR (lancées par les nkundistes), et souligné que la traque des FDLR qui sévissent depuis 13 ans dans la région n’était pas "l’affaire d’un individu (Nkunda, ndlr)" mais de l’armée et de l’Etat congolais.