Le Sénégal fait partie de la Convention de Dakar qui régit l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) créée le 12 décembre 1959. Aussi, a t-il confié à cet organisme international, la gestion des services de navigation aérienne. Cette gestion est directement assurée par la Représentation de l’Asecna au Sénégal.
Le Sénégal a également confié à l’Asecna la gestion de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor et des autres aéroports secondaires du Sénégal dans le cadre d’un contrat particulier, en référence à l’article 10 de la Convention de Dakar. Cette activité de gestion est exercée par l’Administration des Activités Aéronautiques Nationales du Sénégal (Aaans) depuis 1991.
A cette date, la somme totale des redevances perçues par l’Aaans étaient de 6 milliards. Aujourd’hui, celle-ci est passée à 26 milliards de francs Cfa, car entre temps, l’Aaans a pu développer des stratégies de perception de redevances sur le fret, sur les compagnies pétrolières, sur les compagnies aériennes etc… qui lui ont valu cette performance économique.
Seulement, comme sur les 18 Etats membres que comptent l’Asecna, 9 d’entre eux ont confié à cette dernière, la gestion de leur espace aérien national, les redevances étant redistribués aux ayants droits et réinvestis par principe de solidarité qui fonde la création de l »Asecna, dans le cadre du développement des infrastructures aéroportuaires.
Si l’Etat du Sénégal veut reprendre la gestion de son espace aérien des mains de l’Aaans, ce n’est qu’une manifestation de sa souveraineté sur son espace aérien. Et le débat n’est même pas pertinent, car aussi bien l’intersyndicale que les autorités de l’Aaans, ne contestent pas ce droit régalien à l’Etat du Sénégal. Encore faudrait –il gérer la transition vers la mise sur pied de cette nouvelle agence qui remplacera au pied levé l’Aaans et qui a l’obligation de faire mieux que cette dernière en terme de rentrée de fonds au titre des redevances. Sans quoi, le Sénégal créera la boussole , mais ne s’orientera guère.
9 milliards investis par l’Aaans
Face aux récriminations du Ministre des transports terrestres et aériens, Farba Senghor, à l’encontre de l’Aaans, de ne pas avoir investi aussi bien sur le plan des infrastructure que sur le plan des ressources humaines proportionnellement aux redevances perçues, l’Aaans se défend et affirme que 9 milliards ont été dégagés sur fonds propres et investis à Dakar, Saint Louis Ziguinchor, Fatick et Tambacounda.
A Dakar, l’Aaans a financé l’agrandissement de l’aérogare, l’ouverture d’une 2ème voie d’accès à la piste (Vap) qui permet une meilleure fluidité du trafic au sol, la création d’un parking sur la piste 12. 30, et l’adoption de la position du « noising » (le nez des avions font désormais face à l’aérogare) pour la sécurité des passagers, et la protection contre les gaz au moment du décollage.
A Ziguinchor, Tambacounda et Fatick, les pistes ont été agrandies pour permettre aux gros porteurs d’atterrir. Idem pour l’aéroport de Saint louis qui, en plus de l’extension de sa piste d’attérissage, a bénéficie d’un salon d’honneur de standing Vip.
Au titre des réalisations à mettre à l’actif de l’Aaans, la desserte de la rigoureuse compagnie américaine en matière de sécurité et d’installation aéroportuaires, Delta qui rapporte 130 millions par mois à l’Aaans. Sans compter la desserte des compagnies sud africaine (South african airways) et kenyane (Kenya airways) à mettre sous le compte des bons offices et de la capacité de négociation de l’Administrateur Délégué, Mbaye Ndiaye qui est aujourd’ hui, injustement au centre de la tourmente que connaît le ciel sénégalais.
La certitude est en tout cas établie que l’Asecna est une organisation sérieuse et fiable, elle qui a du reste fait ses preuves. Tant et si bien qu’on peut se demander si le Sénégal a opté pour la meilleure formule en prenant une telle décision. En choisissant de voler de ses propres ailes en ce qui concerne la gestion commerciale de son trafic avec tout ce que cela comporte comme contraintes et incertitudes, le Sénégal fera-t-il mieux que son partenaire ? Face à ses responsabilités, aura-t-il les moyens et pourra-t-il relever le défi ?
En tout état de cause, cette décision ne sera pas la première à figurer dans les annales de l’histoire de l’organisation. Des cas similaires auraient été vécus, dans le passé, avec le Mali et la Centrafrique qui auraient, par la suite, décidé de refaire le chemin inverse en réintégrant l’agence. Le Sénégal fera-t-il la même expérience ? De toute façon, tous ces Etats qui ont décidé de couper certains cordons qui les liaient à l’aiguilleur principal du ciel africain, ne l’auraient pas fait si le contexte ne s’y prêtait pas.
Un contexte qui a, jusque-là, permis à tous les pays qui le désirent et en ont les moyens de créer leur compagnie aérienne nationale, ce besoin ayant été davantage ressenti après la disparition de la compagnie panafricaine Air Afrique.
S’il y a eu déréglementation dans l’espace aérien, pourquoi n’y en aurait-il pas au niveau de l’Asecna ? Reste maintenant à savoir si cette séparation de corps – et non le divorce - n’influencera pas négativement le volet sécuritaire.