La justice sénégalaise avait définitivement clos la phase pénale de l’affaire du « Joola ». L’arrêt qui avait été rendu par le tribunal de Dakar considérait le Commandant Issa Diarra, disparu lors du naufrage, comme étant le responsable principal de « la surcharge » qui a mené à la catastrophe. L’instruction de la plainte introduite par les victimes françaises auprès du parquet d’Evry (proche banlieue de Paris) est sur le point d’être bouclée. L’ex-Premier ministre Mame Madior Boye, les anciens ministres Youba Sambou et Youssouf Sakho, entre autres, sont dans le collimateur de la justice française.
L’extinction des poursuites pénales constatée à Dakar n’a pas fait échos dans l’Hexagone. Au contraire. En effet, de hauts responsables sénégalais de l’époque (politiques, administratifs et militaires), à commencer par l’ex-Premier ministre Mame Madior Boye, sont plus que jamais dans le viseur de la justice française.
L’éventualité d’un procès est plus que d’actualité
L’instruction que conduit depuis 2003 le juge Jean-Wilfrid Noël du Tribunal d’Evry, suite à la plainte des victimes françaises, est sur le point d’être close. Le magistrat n’attendrait que les réquisitions du Parquet qu’il a sollicitées, pour « officialiser » les poursuites ainsi que les huit mandats d’arrêt internationaux qui visent les mis en cause.
L’avis sollicité du Parquet d’Evry ne lie pour autant pas le juge. Qu’il soit favorable ou non. Ce qui indique qu’on se dirige résolument vers un procès même si le ministère français des Affaires étrangères dont l’avis a été aussi sollicité, n’y est pas favorable.
Les charges qui pèsent sur l’ex-Premier ministre de Wade et compagnie sont assez lourdes. Les documents dont African Global News a pu entrer en possession, indiquent qu’un double chef d’inculpation pèse sur les prévenus, exceptée Mame Madior Boye qui n’est concernée que par le premier.
Huit mandats d’arrêt internationaux
Ainsi considérant que la catastrophe du Joola qui a fait officiellement 1863 morts (chiffre officiel), est dû à « des causes tant techniques que politiques », le juge reproche aux prévenus les charges suivants :
« Homicides involontaires par violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence imposée par la loi ».
Sont visés par ce chef d’inculpation : Mame Madior Boye, Premier ministre de l’époque, Youba Sambou ex-Ministre des Forces Armées, Youssouf Sakho ex-Ministre de l’Equipement et des Transports, Général Babacar Gaye, Chef d’Etat major des Armées, Ousseynou Kombo, Chef d’Etat major de la Marine nationale, Moddy Siguine, chef d’exploitation du bateau, Abdoul Hamid Diop, Directeur de la Marine marchande.
Pour le délit de « non assistance à personnes en danger », les mêmes personnes citées ci-dessus, excepté Mame Madior Boye. Le Colonel Meissa Tamba, Chef d’Etat-major de l’Armée de l’Air au moment du drame, est aussi poursuivi pour ce même chef d’inculpation.
Malgré ces avancées « judiciaires » du dossier, la tenue d’un procès n’est pas encore gagnée pour les plaignants. La nature de l’affaire (officiels étrangers devant être jugés sur le sol français), la spécificité des relations entre la France et le Sénégal, et donc l’influence des politiques, constituent des paramètres à prendre en compte. Cependant, la justice française qui peut être suspectée de tout, sauf de déficit d’indépendance, n’est pas prête à lâcher le morceau.