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Coup de Gueule | Un consensus sénégalais
Publié le 5 mai 2008 à 17h05

Par Abdoul Aziz DIOP

A l’issue d’une réunion politique au siège de son parti, le militant Abdoulaye Wade s’en est pris, samedi dernier, aux opposants « désemparés », raillés pour le boycott des législatives de juin 2007 et la déconvenue dont ils seraient en proie depuis. Le Président convia ensuite quatre des prétendants au fauteuil présidentiel – sans doute Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse et Abdoulaye Bathily - au Conseil des Ministres pour leur permettre de s’imprégner du savoir-faire des « jeunes » qui l’entourent. Contre toute attente, la trouvaille présidentielle – somme toute insolite – nous inspire un nouvel effort de persuasion grâce auquel les protagonistes de la bataille pour le pouvoir se rendraient compte qu’un consensus sénégalais existe déjà dans un domaine aussi délicat que la nature du régime politique le meilleur pour le pays. Ce consensus (difficile) est la porte ouverte aux compromis économique, social et culturel dont le pays a besoin pour avancer quel que soit le locataire du Palais de la République.


Dans la préface au « Programme du Gouvernement de transition » qu’il s’engagea de former à la suite de la victoire de la Coalition alternance 2000 (Ca 2000), le candidat Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle du 27 février 2000 était on ne peut plus clair : « sa mission sera, en coopération avec les partis de la Coalition, d’élaborer un projet de nouvelle Constitution dont les grandes options sont le régime parlementaire avec un Gouvernement responsable devant l’Assemblée nationale, la suppression du Sénat, le renforcement de l’indépendance de la Magistrature, de nouvelles élections législatives et l’application de mesures d’urgence arrêtées de concert ». Elu président de la République à l’issue du scrutin du 19 mars 2000, Abdoulaye Wade ne renonça pas au régime parlementaire. Mais il introduisit la dualité qui rend le Premier Ministre à la fois responsable devant le Parlement et le Chef de l’Exécutif. Cette seconde responsabilité fait sans doute partie de ce qui nous arriva de pire au cours des huit dernières années. Elle entraîne - sans conséquence pour le Président qui en prend l’initiative solitaire - des changements intempestifs dans l’agenda du Premier Ministre malgré l’adhésion de la majorité à sa déclaration de politique générale. Depuis le lundi 17 septembre 2007, Hadjibou Soumaré a fait le pari de la validation progressive des instruments de mise en œuvre de la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (Loasp) visant « l’accès à la souveraineté alimentaire, la réduction de la vulnérabilité des activités agricoles aux aléas climatiques, économiques et environnementaux, l’intensification et la modernisation des productions avec la facilitation de l’accès des producteurs aux intrants (semences, engrais et produits phytosanitaires) [et] la promotion des cultures d’exportation ». Il ne fait aucun doute que l’irruption de nouveaux acteurs promus par la « Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) » dérègle le processus enclenché. On peut, à titre d’exemple, se demander de quelle manière les programmes de « soutien aux services agricoles et aux organisations paysannes », de « développement des marchés agricoles », de « promotion de l’entreprenariat rural », d’« aménagement hydro agricole » et de « sécurisation du crédit-rural » seront affectés. S’y ajoute que les « intellectuels », les « chercheurs » et les « experts sénégalais de la diaspora » auxquels s’adressait l’appel solennel de M. Soumaré, « pour qu’ils apportent leur contribution à la réflexion sur la réalisation de l’autosuffisance alimentaire », ne savent plus à quel saint se vouer.

Si la classe politique ne prenait pas en compte les limites objectives de la dualité, aucune politique économique, social ou culturel ne réussirait au Sénégal. Cette prise en compte passe par le consensus qui se dégage des prises de position publiques des chefs de parti dont les formations cristallisent le plus grand nombre de militants et de leurs alliés. Le patron de l’Alliance des forces de progrès (Afp), Moustapha Niasse, déclarait, peu après sa séparation avec le Président Wade en 2001, que « l’AFP est d’accord avec la formule actuelle du régime ». Plus tard, Niasse dit qu’« il faut qu’on règle la question institutionnelle qui est fondamentale visant à éviter que demain, quiconque s’érige en monarque à la tête de ce pays, tourne le dos aux engagements antérieurement pris et considère l’État du Sénégal comme une propriété personnelle (…) ». Ousmane Tanor Dieng, le Secrétaire Général du Parti socialiste (Ps), depuis le congrès d’octobre 2007, laissa entendre qu’« il n’est pas souhaitable que le Président de la République fasse tout et s’occupe de tout ». « Il faut, selon lui, un vrai débat national sur notre régime politique » pour permettre au Président de la République et au Premier Ministre de tirer leurs pouvoirs de la Constitution. « Au total, disait-il, il s’agit de tirer le meilleur [des] régimes américains et européens qui fonctionnent très bien pour imaginer un système qui s’adapte aux réalités sénégalaises ». Madior Diouf veut « un Premier Ministre Chef de sa majorité, responsable exclusivement devant l’Assemblée nationale ». L’universitaire suggère en même temps « une répartition harmonieuse des pouvoirs entre le Président de la République et le Premier ministre ». Le Secrétaire Général du RND serait donc favorable au régime parlementaire rationalisé. « L’ère du Léviathan est révolu comme est mort Thomas Hobbes », écrivait Idrissa Seck dans une contribution parue dans le quotidien L’Observateur. Dans sa critique approximative de la philosophie politique de Hobbes, le candidat malheureux à l’élection présidentielle du 25 février 2007 promettait une rupture avec l’absolutisme de son ancien mentor. Quelques mois après le changement de régime en mars 2000, l’idée, agitée par Abdoulaye Bathily, d’une « direction politique unifiée » confortait, dans le sillage de la Ca 2000 à laquelle ont appartenu Amath Dansokho et Landing Savané, l’effacement accru du président au profit d’une responsabilité collégiale incarnée, au Gouvernement, par le Premier ministre.

On voit bien que ce qui précède recoupe les principes fondateurs de la coalition victorieuse amenée, huit ans plus tôt, par l’actuel Chef de l’Etat. Il suffit donc qu’il en exhume l’essentiel pour que tout redevienne possible sans colère, sans invectives et sans mobilisation en trompe-l’œil.

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A.A.D

 
 
 
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