« Réceptacle » des sommités intellectuelles, l’Université Cheikh Anta Diop est confrontée à des difficultés qui ternissent son image : effectifs pléthoriques et exiguïté des salles de classes pour ne citer que celles-là.
La bretelle du camp Claudel, communément appelée « couloir de la mort », grouille de monde en cet après midi du 4 février. Les badauds y circulent rapidement. Normal dans un milieu universitaire.
Non loin du Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (CESTI), des commerçants exposent leurs marchandises sur des étals de fortune, cahiers, livres, sacs et bien d’autres articles. En face, les logements des enseignants contrastent avec ce mini marché anarchique.
A la bifurcation conduisant à la Faculté des Lettres, aux abords du département d’Anglais, un attroupement d’étudiants. Certains conversent entre eux, d’autres écoutent d’une oreille attentive.
Une voix à peine audible s’égosille à épeler des noms. Une étudiante en 1ere année de Lettres Modernes nous apprend qu’il s’agit du retrait des cartes d’étudiant. Elle en profite pour nous apprendre que le dépôt a eu lieu il y a quinze jours et qu’ils ont débuté les cours sans ce précieux sésame. Rappelons au passage que les étudiants ont l’obligation de renouveler leur carte à chaque début d’année académique.
A 15h, nous arrivons au hall de l’amphithéâtre II du département d’Anglais, une devanture où l’on voit des étudiants qui attendent que d’autres sortent afin qu’ils assistent eux aussi aux cours.
Devant l’entrée, des littéraires prennent des notes debout, faute de places. La salle est bondée, le système de ventilation inexistant explique, ainsi la chaleur qui y prévaut.
De son estrade, Gorgui Dieng doit se contenter d’un bout de craie : et de sa voix pour dispenser son cours. Il nous fait remarquer, tout taché de craie ; « On n’a pas de micro et on s’égosille ».
S’agissant des évaluations le Professeur explique que seule la note de fin d’année compte.
« On se retrouve ainsi avec 400 à 800 copies, ce qui est tout de même énorme ».
Pour pallier cette absence de microphone, les étudiants observent un royal silence. Gorgui Dieng termine son cours et prend congé de ses étudiants non sans jouer les régulateurs aux entrées de l’amphithéâtre afin d’éviter les bousculades.
Mouhamed Alioune Goudiaby, en 1ere année d’anglais confie : « à certains moments, les étudiants sont assis à même le sol ». Son collègue estime qu’ « au niveau du département d’anglais, le phénomène est moins grave qu’en fac de Droit ».
Trente minutes plus tard, un autre cours commence avec un autre Professeur, toujours dans les mêmes conditions. Du coté de la faculté de Droit, l’actuel mouvement d’humeur ne nous a pas permis de toucher du doigt les conditions d’études. N’empêche que les étudiants sont unanimes ; la situation est similaire, voire pire, qu’à la faculté des Lettres.
Si au département d’Anglais, les effectifs semblent êtres raisonnables tel n’est pas le cas ailleurs.
FASEG : Une véritable fourmilière
Le calme qui régne à l’entrée de la Faculté des Sciences économiques et de Gestion (FASEG) n’est en vérité que l’arbre, qui cache la forêt.
Les amphithéâtres et leurs abords refusent du monde, pour ne pas dire plus. 3 000 étudiants inscrits en 1ière année de Sciences Eco, ce qui explique la décision des autorités universitaires de scinder cette classe en deux groupes compte tenu de l’incapacité des amphithéâtres à abriter une telle demande.
15h30, les étudiants observent une pause, après le cours d’analyse économique ils devront suivre celui de mathématique. Une salle noire de monde.
Cà et là, ces novices des sciences économiques conversent entre eux, d’autres jettent furtivement un coup d’œil dans leurs documents malgré le bruit assourdissant.
L’amphithéâtre II B dans lequel nous nous trouvons deux niveaux. Du haut, les étudiants ont l’air bien petits, sans parler du Professeur qui l’est encore plus du fait de la disposition de l’estrade. Les murs défraîchis et la saleté procurent à ce temple du savoir une piètre allure.
Au niveau des marches d’escaliers des parpaings font office de sièges et certains étudiants y sont « confortablement » assis (sic). D’autres respectent le dicton selon lequel on n’est jamais mieux servi que par soi même, voila pourquoi certains ont apporté leur chaise.
S’agissant du système d’aération, il est inexistant, les portes latérales restent donc ouvertes permettant ainsi une meilleure circulation de l’air.
Au niveau de l’estrade du Professeur, le bon vieux tableau noir accompagné de l’inconditionnel bout de craie sont bien présents, et ce, accompagné d’une vidéo projeteur d’un autre âge.
Bien que l’amphithéâtre soit doté de plusieurs porte-voix reliés à un microphone, le son toutefois laisse à désirer et nécessite un effort de concentration maximum.
Un palliatif judicieux
Au sujet de l’effectif, Ousseynou nous confie : « on avait des problèmes de place, mais depuis que la classe a été divisée en deux çà va ».
En fait, la FASEG a délocalisé via l’UCAD II, une partie des étudiants de 1ere année. Ce groupe suit les mêmes cours que leurs camarades mais de façon tournante. Ainsi à l’heure d’analyse économique, comme en ce 5 février, ceux de l’UCAD II suivent le cours de mathématique, et vice versa dans l’heure qui suit. Résultats des courses : le retard des Professeur qui doivent rallier un bout à l’autre de l’université et le non respect du quantum horaire.
Aujourd’hui, les structures de l’UCAD, notamment les salles de classes et autres amphithéâtres ne répondent plus à la demande devenue trop importante, un problème que les autorités étatiques gagneraient à prendre à bras le corps.
Calvaire des non résidents
Les étudiants ne résidant pas sur le campus social, surtout ceux venant des autres régions, font des pieds et des mains pour obtenir une place assise à l’amphithéâtre. Récit d’une étudiante dans cette situation.
Les problèmes universitaires ont été dénoncés à cor et cri par l’artiste Oumar Pène dans son opus « étudiant » qui déplorait déjà les difficultés rencontrées par ces derniers. Aujourd’hui, c’est toujours le statut quo.
Binta Diakhaté habite la ville de Rufisque et, est régulièrement inscrite à la faculté de Droit. Elle effectue le trajet de Rufisque.- Dakar quotidiennement, malgré toutes les difficultés rien ne semble la décourager pour atteindre son objectif, à savoir poursuivre ses études.
A l’heure où plusieurs personnes sont encore au lit, c’est-à-dire 4h30 du matin, Binta, pour sa part, est déjà debout, car un long périple l’attend.
A peine une douche prise qu’elle monte dans le premier car ralliant Dakar, et ce, avec l’insécurité ambiante.
Une heure plus tard, aux alentours de la prière matinale, Binta arrive à l’UCAD. Là, elle se dirige vers l’amphithéâtre pour se réserver une place. Après quoi, elle patiente jusqu’à l’heure de cours.
Pour sa grande sœur Oumy, ces réalités ne datent pas de maintenant. A son époque (Ndlr : 2005), elle était également confrontée à ces difficultés. Bien que résidant au campus social, elle devait se lever à 5h du matin pour réserver une place à l’aide d’un cahier où d’un fascicule.
Toutefois, ce n’était pas suffisant, car, si elle s’aventurait à arriver en cours à 8h elle voyait sa place tout simplement prise. Fort heureusement pour elle, à tour de rôle entre les filles partageant la même chambre qu’elle au camp Claudel chacun assurait son quart.