A côté de la Goana, selon plusieurs sources, le Président Wade s’apprêterait à lancer une autre grande offensive : celle de la communication, mère de toutes les batailles dans le camp présidentiel. Le paradoxe est là : malgré son omniprésence dans les médias, malgré son armée mexicaine de conseillers en communication et une kyrielle de porte-parole, officieux ou officiels, le chef de l’Etat est loin de gagner la bataille médiatique. Avec une inflation galopante, le pays ayant le moral dans les chaussettes et attaqué de toutes parts par une opposition revigorée, le chef de l’Etat est sur la défensive. En attendant de nettoyer les écuries d’Augias, Wade, outre ses communicants, a trouvé les coupables tout désigné de cette contre-performance : les journalistes ! D’ailleurs, un des grands classiques du wadisme, sous l’alternance, est de s’en prendre régulièrement à cette engeance, accusée de tous les pêchés d’Israël chaque fois que sa majesté est contrariée.
Aux journalistes, Wade, qui se targue d’être un pionnier en matière de création de journaux au Sénégal, reproche souvent leur incompétence due principalement, selon lui, à leur manque de niveau. Pourtant, les reproches que Wade fait à cette corporation ne sont pas toutes infondés. En effet, les journalistes sont eux-mêmes les premiers à se plaindre des pratiques de certains de leurs confrères qui, entre racket et légèreté, déshonorent les charges d’une profession devenue une véritable auberge espagnole. Cela dit, avant de faire le procès des journaux sénégalais, Wade devrait d’abord balayer devant sa propre porte. C’est un secret de polichinelle que le Président de la République lui-même a favorisé la création d’organes de presse dits « journaux du palais » qui avaient une seule ligne éditoriale : dans un langage ordurier, descendre en flammes les ennemis réels ou supposés de Wade et traîner dans la boue, opposants radicaux, membres de la société civile et journalistes jugés trop critiques. Pas une seule fois, on n’a entendu le Président de la république mettre le holà sur de telles dérives qui, sous d’autres cieux, ont conduit à l’irréparable. Le malentendu vient du fait que Wade, dans sa conquête du pouvoir, a longtemps cru que les journalistes étaient ses alliés naturels du fait du rôle historique que ce segment de la société a joué dans l’avènement de l’alternance. Cette méprise originelle a fait oublier au locataire du palais de Roume la fonction première des pisse-copies. Ce sont avant tout des adeptes du Truth busines : la presse doit vendre de la vérité, que cette vérité soit favorable ou non au système. Point barre.