Echec et mort. L’opposition politicienne et la société civile d’obédience politique ont encore tracé les sillons de leur propre revers. Cette posture laisse perplexe : elles sont à bout de souffle ; elles étouffent ; elles sont asphyxiées ; et elles s’en vont mourir, lentement mais bruyamment, de leur belle mort indicible. Cette situation est paradoxalement l’œuvre de leurs propres acteurs.
Alors, qu’aucun d’eux n’essaie de s’en prendre ni à l’opinion ni aux "lunettes" qui prennent position. Les "lunettes" constituent une association d’esprits libres engagés dans la voie du développement, ayant vocation à éclairer l’avenir. Non pas pour des foulées entremêlées, diffuses et expansives d’un cheval politique sans horizon mais pour la promotion intellectuelle et citoyenne… Parce que n’ayant jamais cautionné les raccourcis (…) et, doctement et profondément, convaincus que la liberté relève d’une absurdité et que seule la responsabilité tient… La responsabilité d’entreprendre. La responsabilité de porter une plume et de supporter des idées, aux antipodes de la posture des tenants de l’opposition politique et de la société civile qui n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Ils ont tous joué, ils ont gaspillé du temps et de l’espace. Ils ont tous concouru, ils ont perdu armes et bagages. En agitant, sans cesse et à tour de rôle, le poing du K.O. Au point de se fourvoyer dans les dédales du chaos. Raison et oraison. Le pouvoir a vaille que vaille tenu à affirmer sa puissance et son autorité. L’opposition, elle, est tenue et retenue par ou dans la tyrannie de la verve et du verbe qui l’installent continûment dans les turpitudes de la riposte inconséquente et de la polémique interminable voire stérile. Cette rivalité n’a malheureusement laissé entrevoir aucune issue, aucune voie de sortie. Inopportune, elle a plutôt ouvert les portes de la désillusion et des confusions… Vertement, on sent les tonneaux vides, creux et soporifiques.
Rien ne résonne ou ne vibre au rythme du peuple qui, dit-on, bouge forcément quand le repère gigote. Repaire et repère. Aujourd’hui, le fait est là. Dans la béance publique comme dans la séance populaire. La confusion est presque totale. Le brouillage des genres et des rôles est terrible, plombant ainsi les libertés légitimes et les responsabilités légales... On ne sait plus à quels saints se vouer. On ne sait plus qui fait quoi, qui dit quoi, qui est qui. Le repaire est surbooké… C’est fou, tout s’affole, tout affole. Personne ne réagit… Surprise ou signe des symboles de la désuétude, ce repaire se dirige dangereusement vers le précipice et rien ne s’y oppose. Disons-le ici et maintenant, au risque de mettre à nu les objecteurs et autres censeurs de la conscience intellectuelle, le jeu politique donne les airs d’un bateau ivre, supportant mal son temps et son époque. Il fait même penser à une comédia del arte où une fois sur scène les acteurs se perdent dans leur rôle et leurs habits. C’en est malheureusement ainsi : le repaire public comporte des repères qui ont du mal à orienter le bien et à désorienter le mal. Et pourtant, voici des décennies que le sillon est tracé en lettres d’or sur les sentiers légués, à l’humanité, par Antonio Gramsci, un des plus illustres idéologues de notre repaire pensant. Sion et sillon. Le sillon est et demeure : un parti politique est un intellectuel collectif.
Hélas, sous nos cieux, les politiques, déjà égarés et rattrapés par l’inconséquence, continuent de tremper dans les liqueurs de l’illettrisme citoyen au point de biaiser et de détourner l’intérêt public, au point de ne pas défricher l’acte intellectuel participatif et qualitatif. Ils discourent sur le superflu, s’invectivent, se rouent des coups de poing et dansent autant en font les mots et les néologismes. Tenez, en voici un sur lequel on peut disserter et agir… Je l’appelle, sans prétention aucune, le sillonisme. Epoque et épopée. Loin d’une phonétique sémantique traduisant politiquement le sionisme en termes de profit, de profil, d’idéal et d’idée dont les penseurs au portefeuille de sages déclament la vision à échelle de haute définition de la domination revancharde, le sillonisme se doit de marquer son époque et de trouver les moyens de son épopée, s’imposant et traçant une voie pour parcourir et flirter avec les chrysanthèmes politiques. Sa vocation serait de (re)chercher et de fouiller au service du public, celui-là citoyen, responsable et engagé, aujourd’hui que la politique politicienne est dépouillée de tout son intérêt et s’est départie de tout son crédit.
Quant à son orientation, elle se doit d’épouser les tours et contours de l’intellectualité et non ceux de l’intellectualisme, même agencé. L’intellectualité est tout ce qui touche à la réflexion constructive tandis que l’intellectualisme est l’acte consistant à théoriser pour le bien et pour le plaisir de s’y employer, sans fondement ni objet encore moins de finalité cognitive.
Liberté et puberté. La voie est libre parce que la fille a atteint l’âge de la puberté. C’est le chaos, la licence et le désordre à tous points de vue. Comme une sentence, cette (mal)donne illustre bien le vécu de nos sociétés. Les valeurs sont érigées en contre-valeurs. Liberté rime avec puberté. L’opposition toise le palais. Le pouvoir montre ses biceps. La société civile reste impuissante. Il n’y a plus de dialogue. Le spectacle est malsain. Le peuple est ahuri. Chaos et K.O. Contrairement à cette fille volage qu’est la politique, le peuple veut, pourtant, vivre et survivre en toute quiétude, loin des contingences et obligations politiciennes contraignantes. Ce n’est pas avec du bruit que le silence s’installe. Ce n’est pas non plus avec le chaos que le K.O sera donné au sous-développement contre lequel se bat le peuple, ce concentré de toutes les sensibilités, cette famille dont ne pourraient (absolument pas) s’extraire pouvoir et opposition, cet ensemble que j’appelle affectueusement société nouvelle. Elle, seule, est souveraine. La protéger est faire preuve d’un acte patriotique, accomplir un devoir ou respecter un droit. La torpiller serait maintenant tracer le sillon du Chaos.
De la sorte, l’Association Editions Lunettes en appelle au sens de l’élévation et propose des rencontres, plus élargies, dénommées "Plan Sénégal" en lieu et place des assises dites "nationales" dans le souci de mettre fin à une situation sociopolitique, de plus en plus, marquée par la polémique, la confrontation et l’affrontement. Selon l’Association, si noble soit-elle, l’idée des assises dites "nationales, au lieu de regrouper seulement une frange de la population sénégalaise, doit être partagée par toutes les parties de notre pays. Il ne s’agit point d’imposer un débat. Il s’agit plutôt de poser le débat, de mettre le Sénégal en perspective et de sortir le pays de la crise de communication dans laquelle il vit depuis peu. "Plan Sénégal" se veut une initiative devant impliquer toutes les forces vives de la nation et instituer un cadre innovant : la "société nouvelle". Celle-ci sera constituée de la société civile, du pouvoir, de l’opposition et d’un quatrième pilier non moins essentiel qu’est la population, à travers les associations de jeunesse et de femme les plus représentatives, entre autres mouvements de progrès social.