Document sans nom
   
dimanche 5 septembre 2010
Mise à jour à
23h55 - GMT
  Recherchez
   
 
Sénégal | CASAMANCE/INITIATION AU BOIS SACRE : Rite de socialisation et de formation militaire
Publié le 17 août 2007 à 14h30

Chaque année, durant la période des grandes vacances, la Basse Casamance, le pays Diola notamment, bruit au rythme des cérémonies rituelles d’initiation dans le bois sacré. Suivant un ordre rigoureusement établi depuis des temps immémoriaux et scrupuleusement respecté, les villages, à tour de rôle, sacrifient à ce rite qui est incontestablement l’évènement culturel le plus important de la société diola.


Chaque année, durant la période des grandes vacances, la Basse Casamance, le pays Diola notamment, bruit au rythme des cérémonies rituelles d’initiation dans le bois sacré. Suivant un ordre rigoureusement établi depuis des temps immémoriaux et scrupuleusement respecté, les villages, à tour de rôle, sacrifient à ce rite qui est incontestablement l’évènement culturel le plus important de la société diola.

La manifestation, grandiose et colorée, attire de partout, des milliers de personnes qui déferlent vers le village en question pour vivre l’évènement ou découvrir un aspect important de la culture de cette communauté. Ceux qui étaient l’année dernière à Tendouck, ou cette année à Baïla en savent quelque chose. En effet, quel que soit son rang ou son statut, (même s’il est président de la République), le diola doit obligatoirement faire son initiation dans le bois sacré.

Cette année, c’est au tour du village de Baïla de sacrifier à la tradition en initiant le 4 août denier, des centaines de jeunes et adultes dans le bois sacré, trente six ans après la dernière initiation, tandis que dans le Kassa (département de Oussouye), huit villages de Essulalu, s’apprêtent à en faire de même dans les toutes prochaines années après leur dernière initiation de 1962. Ils ont organisé du 5 au 10 août, la première cérémonie de « revue des troupes » , autrement dit, recenser et rassembler tous les candidats à l’initiation à la cérémonie de « kabomen » qui fut grandiose.

Devenir un homme

Creuset de l’éducation, de la formation et de la socialisation du jeune diola, le « boukout » (déformation du mot Baynounck « Boukhoub ». Les Baynounck sont les inventeurs de ce rite initiatique) ou « Foutamp », mot typiquement diola qui signifie casser pour remodeler, est une épreuve qui permet au diola de s’affirmer et de s’identifier comme tel. Le diola qui n’a pas fait le Boukout ne l’est pas encore et certaines choses lui sont interdites. De même, il ne peut assister à certaines rencontres ou réunions d’un certain niveau encore moins y prendre la parole, car, il est un « ambathie », c’est-à-dire un non initié, donc un impur, un immature. Et tout ce qu’il dit ou fait n’a pas de valeur aux yeux de la société.

L’évènement, préparé plusieurs années durant sur tous les plans, est fondamentalement, du début à la fin, une épreuve d’endurance et de formation militaire. Plusieurs étapes rythment la marche vers l’initiation dans le bois sacré. Il y a d’abord l’annonce « officielle » à travers un rite suivie des séances de «  kabomen », séries de danses initiatiques d’entraînement qui peuvent durer un à deux ans maximum, avant la troisième étape, la cérémonie de pré-initiation qui, une fois faite, rend irréversible l’organisation ou la tenue l’année suivante, de l’entrée dans le bois sacré. Rien ni personne, ne peut empêcher, faire reporter ou renoncer à une telle échéance.

Durant l’année d’organisation de l’initiation, dans tout le village, danses, et autres préparatifs se succèdent. Les gens du village où qu’ils se trouvent, arborent une tenue ou des parures qui indiquent clairement qu’ils se préparent à entrer dans le bois sacré. Quelques semaines avant l’entrée effective dans le bois sacré, a lieu une cérémonie, incontournable et profonde de signification appelée « kakik » (rasage).

Le poids des rites

Au cours de cette cérémonie chaque famille ou groupes de familles, conduisent leurs futurs initiés chez leurs parents maternels pour y subir un prélèvement d’une touffe de leurs cheveux. Nous ne pouvons donner ici la signification profonde de ce geste symbolique des parents maternels, mais il faut signaler que cette cérémonie permet à l’enfant de se rappeler le lien sacré qui le lie à sa famille maternelle. Même si la mère habite à l’autre bout du monde, et quelle que soit sa culture, obligation est faite de s’y rendre pour cette cérémonie, quitte à marcher. Il ne peut y avoir d’initiation sans cette cérémonie de rasage.

Du début à la fin, le futur initié est soumis à d’intenses épreuves d’endurance physique et psychologique, destinées à forger et tester sa capacité de résistance et de soumission aux valeurs essentielles comme la droiture, le respect scrupuleux de la dignité humaine dans toutes ses dimensions, en un mot l’assimilation des vertus cardinales qui rythment la vie de la collectivité et, éviter en même temps, les travers, comme le mensonge, la tricherie, la paresse, la peur, en un mot, le « ndioublan » dans ses multiples facettes, etc. Il ne doit, durant ces moments d’épreuves difficiles, ni pleurer, ni fuir.

Un diola qui a subi l’initiation ne recule jamais. On le tue, mais on ne le déshonore pas, pour reprendre ces paroles d’un poème de Léopold Sédar Senghor intitulé « que m’accompagnent koras et balafons ». La veille du jour J, comme c’est le cas généralement un peu partout dans la plupart des villages, les jeunes initiés, rasés, sont consignés, enfermés dans un local d’où ils ne sortiront que pour prendre la direction du bois sacré. C’est le moment le plus attendu, le plus coloré et, où on enregistre des cas d’accidents suite à la manipulation d’armes à feu qui font partie intégrante d’une cérémonie d’initiation au bois sacré.

Les jeunes initiés qui entrent dans la forêt sacrée en se livrant à une course de vitesse (sorte de parcours du combattant), sont encadrés dans cette étape ultime par les initiés venus d’ailleurs qui leur offrent animation et protection de toutes sortes. Un village qui interdit aux étrangers initiés venus d’ailleurs d’accéder dans son bois sacré, se verra publiquement interdit par les autres villages quand viendra leur tour d’organiser leur initiation. La durée du séjour dans le bois sacré, qui jadis s’étalait sur plusieurs mois (trois environ), est aujourd’hui réduite au strict minimum (une semaine environ au moins) du fait des nouvelles occupations (travail salarié, affaires, service militaire etc.…). Une précision : un père et ses fils ne peuvent pas entrer en même temps dans le même bois sacré.

Après l’entrée effective de la première vague, le bois sacré est ouvert ensuite un an durant pour permettre à tous ceux qui sont empêchés pour diverses raisons de venir accomplir leur rite. A la suite de cela, le bois est fermé après le passage des tous derniers retardataires et les enfants ayant commencé à faire une poussée dentaire. Il ne sera réouvert que trente ans plus tard, ou, plus, pour une autre cérémonie. Enfin, le dernier aspect du Boukout, souvent sujet de polémique, est le caractère dispendieux de la manifestation. En effet, la cérémonie d’initiation est l’occasion d’immoler des dizaines, voire des centaines de bœufs. Une opération que certains qualifient de massacre de cheftel.

Mais pour un évènement qui n’a lieu qu’une fois tous les trente ans voire plus, une telle récrimination devrait être tempérée. Il s’y ajoute qu’en Afrique noire, tout évènement, toute manifestation ou cérémonie, quelle qu’elle soit, a un côté réjouissances et ripailles incontournables car le « Boukout » est aussi une grande fête populaire tous les trente ans, voire plus ; un moment de retrouvailles entre générations d’une même localité et même d’ailleurs.

L’on ne connaît pas exactement les circonstances historiques ou sociologiques de l’apparition et de l’institution du rite d’initiation, mais l’on peut supposer que le milieu ambiant (forestier) dangereux, l’hostilité féroce et permanente entre les différentes communautés au moment de leur implantation en Casamance, pour s’approprier de l’espace et le conserver, et la nécessité de défendre ce que l’on peut qualifier « d’intégrité territoriale villageoise", ainsi que celle de préserver, à tout prix, son identité soit probablement une des raisons parmi d’autres à l’apparition de ce rite de socialisation et de formation militaire.



Omar DIATTA
 
 
  Vos réactions
 
'

daniel faroni | Sans titre

SAFOU ,je suis français et j’ai participer à la cérémonie il me reste de magnifiques photos et l’honneur d’avoir mes neveux qui sont rentré dans le bois de BAÏLA .Merci à tous les casamançais de m’avoir fait vivre un moment inoubliable .

Malick Rokhy BA | Sans titre

Oumar Diatta a fait un texte d’un intérêt majeur qui permet de mieux comprendre certains mécanismes de fonctionnement de la société joola. De telles cérémonies rituelles doivent être filmées par toutes les télévisions sénégalaises pour faire découvrir aux populations sénégalaises certaines facettes d’une culture le plus souvent très mal connue dans notre pays. Le texte de Diatta aurait été plus intéressant s’il avait en outre fait parler des spécialistes de la question ou des gardiens du bois sacré, avec les difficultés que je suppose. Félicitations tout de même

 
  Postez votre commentaire
 

Nom

Titre

Message

   
 
 
 
 
  Dans la même rubrique

Sénégal | Education : Gouvernement et intersyndicale négocient le 5 août pour une année 2008-09 ’’apaisée’’

Afrique | Lutte contre la féminisation de la pauvreté : Démarrage de la seconde phase du programme

Soudan | Des dizaines de morts dans l’incendie d’avion à Khartoum

Sénégal | Lutte contre la criminalité transnationale organisée : les pays africains se mobilisent

Sénégal | Contribution : Il était une fois, des assises qui chancellent

 
Politique
Economie
Culture
Sport
Société
 
 
  Le débat

De nombreux chantiers sont ouverts à Dakar depuis l’annonce de la tenue, en mars 2008, du sommet de l’OCI dans la capitale sénégalaise.

Les jugez vous opportuns ? Quelle est votre opinion sur la manière dont ces chantiers sont exécutés ?



 
  Les journaux en ligne
Sénégal  
▪ L'office
▪ Le Soleil
▪ WalFadjri
▪ L'observateur
▪ Le Quotidien
▪ L'Actuel
▪ Nouvel Horizon
▪ Le messager
▪ Rewmi
▪ Nettali
▪ Seneweb
▪ Sud On Line
▪ Le Matin
▪ Il est midi
▪ L'As
▪ APS
Afrique  
▪ Jeune Afrique
▪ MAP
▪ Ouestaf
Monde  
▪ Libération
▪ Le Figaro
▪ Le Monde
▪ Le Point
▪ L'Express
▪ Rfi
 



   
| Qui sommes-nous?